Ne nous laissez pas mourir dans nos hôpitaux

Mardi matin, je me suis rendue au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Kara. La ville de Kara toute entière subit des délestages réguliers et c’était encore le cas ce mardi matin. Le groupe électrogène du CHU ne fonctionne pas, il semble qu’il est d’origine indienne et qu’il faut un ingénieur indien pour le remettre en état.

Les couloirs du CHU Kara sont plongés dans une pénombre totale. Certains agents de santé ne pourront poursuivre leur travail; Pour ce patient qui vient des confins de Pagouda, le déplacement a été inutile: rien que du temps perdu, de l’argent perdu, de l’énergie perdu et même de l’espoir perdu; l’espoir d’être soulagé de ces maux. Ailleurs dans le service d’Ophtalmologie,  les patients et accompagnants affichent une mine déconfite et désespérée. programmés pour une intervention chirurgicale, ils ont déjà été anesthésiés et à chaque minute de délestage, l’effet de l’anesthésie s’estompe. Il seront sans doute ré-anesthésiés à leur propre frais, alors qu’ils ont déjà rassemblés difficilement les sous. Où vont ils donc trouver à nouveau de l’argent? Ils vont devoir s’endetter encore. Le prix de leur guérison est bien amère. Mais ils se considèrent bienheureux, par rapport à ce patient admis en salle opératoire et dont seul Dieu connait l’état.

Mais quel est donc leur part de responsabilité à cet état de choses ? Quelle est leur faute, leur crime ? Leur faute est grave: ils sont pauvres, ils sont venus au CHU Kara, et le CHU Kara n’a pas un groupe électrogène fonctionnel.

Ceci n’est pas un billet classique: ceci est un avis; ceci est une lettre de demande; Ceci est une lettre d’information. Ce n’est non plus un coup de gueule ou une réclamation; Nous venons d’un cœur triste, épuisé et essoufflé par les réalités dans nos hôpitaux. Nous avons assez réclamé sans succès, Nous préférons donc vous supplier d’avoir pitié de nous, des nôtres et des vôtres. Chères autorités togolaises, nous vous en supplions: ne nous laissez pas mourir dans nos hôpitaux pour des maux bénins. Ne transformez pas nos hôpitaux en mouroirs. De grâce, équipez nos hôpitaux. Il faut bien que nous existions pour que vous soyez des autorités; Afin que vous ayez une population conséquente à diriger. Pour votre propre prestige, afin que l’on dise que vos hôpitaux sont acceptables, et que vous dirigez un nombre important de gens; De grâce, ayez pitié de nous. Merci

2 commentaires sur “Ne nous laissez pas mourir dans nos hôpitaux

  1. Le drame de la santé publique est que les autorités concernées semblent ne pas trouver de véritable intérêt à améliorer le fonctionnement de nos hôpitaux. Tant que les moyens leur permettent de se soigner ailleurs le sort tragique de pauvres citoyens dans ce milieu ne les émeut guère. Un changement dans ce domaine passera par le fait que les uns et les autres comprennent qu’on ne gouverne pas pour soi. Merci là bas

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